Il est minuit 17. Qu'est-ce que je fais encore debout? Je dors pas. Point barre.
Quel beau moment pour reprendre du service si ce n'est que le sublime moment de "gloire" que je viens de vivre ce soir.
15 semaines, 12 heures par jour du lundi au jeudi, 8 heures le vendredi (et encore là) et une petite trempette la fin de semaine, c'est le nombre d'heures que je passe depuis 15 semaines à nourrir mon bébé compagnie qui a un appétit sans fond.
Entremêler ça avec une sécrétaire qui me fraude, une prof d'espagnol qui me pète un burn-out live dans une école primaire et 4-5 profs qui me font faux-bond pour des raisons aussi commission scolairienne que possible. Sans oublier le manque de fond, ouais parce que le client nouveau de cette année exige, mais ne paie pas ... du moins pas souvent.
Bref, je voyais le bout de mon calvert, je me disais que j'allais me reposer dans top chrono 10 jours. 1 mois sans enseignement, sans course folle, 1 semaine de gestion et hop, un gros dodo ... je me disais qu'au moins malgré tout, j'avais réussi ... un tour de force, 4 grosses nouvelles compagnies, une équipe qui était passé de 4 à 16 ... des ramifications qui étaient entrain de se faire dans les villes voisines.
Paf ... bien non ... voyons, du succès hey ho les nerfs ma toi la !
Ça faisait à peine deux mois que je nageais sur mon petit nuage rose, premier gros client était content, j'étais pro-active, on parlait de moi dans les corridors, mes formations étaient dynamiques et interessantes. En plein comme on me l'avait demandé. J'étais tellement heureuse que mes efforts portent fruits, j'étais presque entrain d'avoir confiance en moi.
Puis, ce soir, pfff de balloon !
Ils sont arrivés, l'un derrière l'autre, les élèves de mon groupe avancé, ils m'ont demandé s'il pouvait me parler en français (chose que je déteste, particulièrement de la part de mon groupe plus avancé). Je leur ai dit oui...
Ils ont commencé en me disant qu'ils s'étaient parlés et qu'il voulait me parler de mes cours. ...
Je vous passe quelques phrases en rafales :
"on voudrait lire plus"
"on aimerait écrire des textes de 200-300 mots sur des thèmes choisis"
"on veut pratiquer notre prononciation"
"on trouve que le contenu du livre est trop facile"
et ... celle qui tue
"on trouve qu'on a pas avancé bien bien"
Je suis sûrement rouge comme une tomate, je me dis que je dois rester calme, je prend en note tous leurs commentaires.
Je trouve le courage, entre deux bouffées d'air remplies de rage de leur dire que j'aurais préféré savoir cela un peu avant ... (C'est l'avant dernier cours)
Je leur dis aussi que je trouve leurs observations correctes, mais étonnantes. En effet, depuis le début de ma carrière que je me fais rabattre les oreilles sur les méthodes d'enseignements dynamiques, que je me fais reprocher d'être trop "grammaire" que je ne laissais pas assez de places à la conversation "ouais mais les activités de conversation ne devraient pas durer 45 minutes, 15 ça serait suffisant qu'ils me répondent et que de toutes manières, ils avaient l'impression de parler de niaiseries (TABARNACK!)
Bref, j'en crois pas mes oreilles. Lire des textes ... bonjour l'utilité ... ce qu'ils veulent c'est lire des textes à haute voix durant le cours ... wow ! Édifiant ... Bref, on m'avait amené un texte ... une biographie de Machiavel ... 8 pages, ils ont lu un paragraphe à haute voix chaque ... quossé qui vont bien apprendre avec cela je vous le demande. Et il ne faut pas oublier que c'est le groupe avancé, le groupe qui doit savoir l'utilisation du "present perfect" sur le bout des doigts mais qui ne connait pas la moitié de ses "past participle" du groupe qui m'avoue à la volée de temps en temps qui n'avait pas compris le devoir "parce que je l'avais expliqué en anglais". Mais oui les enfants, mais oui, lisons-en des textes, c'est clair que dans la vraie vie, on va tous se faire souffler les réponses comme cela.
Pendant qu'ils lisaient je me faisais aller de tout mon cerveau pour trouver une solution rapide. D'un côté, je trouvais que leurs demandes avaient tout de même été bien faites et qu'any way je ne pouvais pas leur refuser rien, c'est mon plus gros client.
J'ai pensé que je pourrais leur faire lire un texte où j'aurai trouvé certain trucs bien précis à leur montrer (donc bonjour la repréparation de cours... bye bye vacances...)
Je leur propose donc ça, je leur dis de m'apporter des thèmes qu'ils auront choisi (rien à branler de parler de Machiavel pendant 1h00 si ça leur chante) et que je ferai en sorte de monter mes cours ainsi. Qu'ensuite on discutera sur le thème proposé ...
Qu'est-ce que j'ai eu comme réponse :
Bah fait comme tu veux ça m'est égal.
Le cours s'est terminé ...
"bon faut je me grouille canadien joue à soir ..." (ça c'est la dernière réplique que j'ai entendu)
C'est quoi que tu veux, que je me transforme en petite puce pis que je me glisse dans ton oreille à la minute que tu dois parler en anglais. Tu comprends pas que c'est pas magique pauvre tâche ?! Oui, tu dois parler pour t'exercer ... oui même de niaiseries, pis calisse c'est pas de ma faute si vous avez des sujets de conversation de deux par quatre, j'ai beau revirer la converation de tous les bords, d'amener 12423948 façons de vous faire parler, jeux, lecture, sujet choisi, débat, calvert c'est tu mon problème si vous finissez par parler de niaiseries. ... ouais parce que attention, madame a déjà été prof dans son pays, donc c'est capital, elle sait comment s'y prendre. Bien tu enseignais des maths pauvre cruche, c'Est pas de l'anglais tu sauras ! Pis l'autre, là, monsieur Hockey, c,'est parce que tu as pas baisé depuis des lunes pis que tu es gros comme speedy gonzales que tu fais dans le power trip ... ouais ouais ... facile de te motiver quand tu me lâches des affaires du genre "bon on se dépêche là j'ai pas juste ça à faire canadien joue ce soir" ... pis toi le gningnégneur, tu as bien beau venir du lac, avoir fait 4 ans d'université mais cliss, y'a rien qui t'intéresse. Tu as pas d'opinion sur rien ... sibole, tu sais même pas c'est qui Al Gore ! GET A LIFE BÂTARD ! ahhh bien oui, tu peux bien me faire des yeux doux pis m'attendre pour me jaser ça pendant 10 minutes à chaque fin de cours depuis deux semaines, me dire que tu trouves ça plate que monsieur hockey est toujours l'air sur le fly, que tu comprends que je sache plus trop quoi penser, que oui, tu as appris de quoi dans mes cours ... bullshit! ... c'était pour mieux me poignarder dans le dos ... je te dis que tu es parti en estie pis la queue entre les deux jambes ce soir hein ...
Tant d'efforts, toujours en vain, j'aurais aimé sortir de là le 12 décembre la tête haute et le coeur bien net me disant que je recommençais sur un succès l'an prochain.
Pas du tout.
Je suis sortie de là, cherchant un moyen d'exterioriser tout cela.
Pleurer ... on fait comment déja?
Hurler ? Baf non
En parler ... à qui ... à mon chum qui me gave de son succès à journée longue parce qu'il sauve sa compagnie à toutes les deux minutes ... (et honnêtement ça me saoule!) Parce que mettons que y'a une marge entre "je me trouve le dernier des cons" et "je me prend pour le dieu incontesté du clavier" et malheureusement est passé de cap-humilité à cap-modestijeconnaipas! Et le pire dans tout cela c'est qu'il égratine tout le monde au passage, ouais parce qu'attention, on est entrain de devenir un peu comme le reste de la belle-famille ... Échec? connais pas? Tolérance? Connais pas ? Tyrannisme??? biennnn nonnnnnnnnn ... mais bon ça c'est un autre sujet.
Mon père ... qui est le meilleur et qui est très modeste (je suis ironique ici)
Ma mère qui va me dire que je me faisais encore des idées et qui va encore plus me convaincre que je suis une ratée ...
Mes amies qui vont avoir un orgasme juste d'y penser
Ma secrétaire nouvelle et plutot instable.
Un des profs ? Bah, sont tous encore en mode, je veux t'impressionner et tel une belle meute de loups sont tous prêtes à bondir dès mon premier signe de faiblesse.
Bref, je peux pas en parler à personne. Je peux pas dire à personne que je suis fatiguée, épuisée et que je suis profondément blessée de m'être fait dire que mon cours c'était de la merde à une semaine de la fin, surtout que je me décarcasse depuis 12 semaines, rallye, débat, recherche d'articles d'actualité, jeux de toutes sortes ... je suis passée par tout ... Je me suis fendue en 4 !
Que je suis profondément blessée de constamment me faire pêter ma bulle et de me battre comme une folle ne serait-ce que pour payer mes comptes alors que je passe ma vie à entendre tout le monde autour de moi se sérénader à grand coup de "je suis dont bon et mon boss passe dont ce temps à me dire que je le suis" alors que moi je mendie les quelques miettes de sympathies que quelques fois un élève daigne me garocher du bout des lèvres.
Vivement le jour ou succès rimera avec effort.
S'abonner à :
Publier des commentaires (Atom)
1 commentaire:
Pour avoir déjà enseigner je compatis... Mais je pense que tu devrais décanter ça et leur revenir avec une réponse plus complète au prochain cours. Leur expliqué le pourquoi du comment. Ne les laisse pas te mener. Il faut t'adapter oui, mais pas à n'importe quel prix. Et ne soit pas si dure avec toi même. L'enseignement c'est bien ingrat, mais c'est aussi gratifiant. Est-ce que tu fais la technique du test? Un test au début de la session et le même à la fin. Souvent les élèves ont là du concret pour voir leurs efforts et toi ça te donnerait du positif.
Respiration, ça va aller. Ça finit toujours par aller, trust me.
Publier un commentaire